Saint Bernard de Clairvaux (1091- 1153), Docteur de l’Eglise.

 

 

 

« J'ai prié pour toi, afin que ta foi ne sombre pas. Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères » (Lc 22,32)

 

      « Le Christ Médiateur « n'a pas commis de péché et sa bouche n'a pas prononcé de mensonge » (1P 2,22). Comment oserais-je m'approcher de lui, moi pécheur, très grand pécheur, dont les péchés sont plus nombreux que le sable de la mer ? Il est tout ce qu'il y a de plus pur, et moi, de plus impur... C'est pour cela que Dieu m'a donné ces apôtres, qui sont des hommes et des pécheurs, et de très grands pécheurs, qui ont appris en eux-mêmes et par leur propre expérience à quel point ils devaient être miséricordieux envers les autres. Coupables de grandes fautes, ils accorderont aux grandes fautes un pardon facile et ils nous rendront la mesure qui a servi pour eux.

 

      L'apôtre Pierre a commis un grand péché, peut-être même n'y en a-t-il pas de plus grand. Il en a reçu un pardon aussi prompt que facile, à tel point qu'il n'a rien perdu du privilège de sa primauté. Et Paul, qui avait déchaîné une fureur sans borne contre l'Église naissante, est amené à la foi par l'appel du Fils de Dieu lui-même. En retour de tant de maux, il est comblé de si grands biens qu'il devient l'instrument choisi pour porter le nom du Seigneur devant les nations, les rois et les enfants d'Israël...

 

      Pierre et Paul sont nos maîtres : ils ont pleinement appris du seul Maître de tous les hommes les chemins de la vie, et ils nous instruisent encore aujourd'hui. »

 

Saint Bernard (1091 - 1153), moine cistercien et docteur de l'Eglise
Premier sermon pour la fête des Ss. Pierre et Paul, 1,3,5 (trad. Orval)

 

 

« Chaque arbre se reconnaît à son fruit »

 

      « Si vous croyez au Christ, faites les oeuvres du Christ, afin que vive votre foi ; l’amour animera cette foi, l'action en fera la preuve. Vous qui prétendez demeurer en Jésus Christ, il faut marcher de son même pas. Si vous recherchez la gloire, si vous enviez les heureux de ce monde, si vous dites du mal des absents et si vous rendez le mal pour le mal, ce sont là des choses que le Christ n'a pas faites. Vous dites que vous connaissez Dieu, mais vos actes le nient… « Cet homme m'honore des lèvres, dit l’Écriture, mais son cœur est loin de moi » (Is 29,13)…

 

      Or la foi, même droite, ne suffit pas à faire un saint, un homme droit, si elle n'opère pas dans l'amour. Celui qui est sans amour est incapable d'aimer l'Épouse, l'Église du Christ. Et les oeuvres, même accomplies dans la droiture, ne parviennent pas sans foi à rendre le cœur droit. On ne peut attribuer la droiture à un homme qui ne plaît pas à Dieu ; or, dit l'épître aux Hébreux : « Sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu » (Hb 11,6). Celui qui ne plaît pas à Dieu, Dieu ne saurait lui plaire. Mais celui à qui Dieu plaît ne saurait déplaire à Dieu. Et celui à qui Dieu ne plaît pas, l'Église-Épouse non plus ne lui plaît pas. Comment donc pourrait-il être droit, celui qui n'aime ni Dieu ni son Église, à laquelle il est dit : « Les justes savent t'aimer ».

 

     Au saint, la foi ne suffit pas sans les oeuvres, ni les oeuvres sans la foi, pour faire la rectitude de l’âme. Frères, nous qui croyons au Christ, il nous faut tenter de suivre une voie droite. Élevons à Dieu nos cœurs et nos mains ensemble, afin d'être trouvés entièrement droits, confirmant par des actes de droiture la rectitude de notre foi, aimant l'Église-Épouse et aimés de l'Époux, notre Seigneur Jésus Christ, béni par Dieu dans les siècles. »

Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
24ème sermon sur le Cantique (trad. alt. Tournay)

 

 

Les anges montent et descendent

 

« « Vous verrez les anges monter et descendre sur le Fils de l'Homme ». Ils montent pour eux, ils descendent pour nous, ou plutôt ils descendent avec nous. Ces bienheureux esprits montent par la contemplation de Dieu, et ils descendent pour avoir soin de nous et pour nous garder dans tous nos chemins (Ps 91,11). Ils montent vers Dieu pour jouir de sa présence ; ils descendent vers nous pour obéir à ses ordres, car il leur a commandé de prendre soin de nous. Toutefois, en descendant vers nous, ils ne sont point privés de la gloire qui les rend heureux, ils voient toujours le visage du Père…

 

      Lorsqu'ils montent à la contemplation de Dieu, ils cherchent la vérité dont ils sont comblés sans interruption en la désirant, et qu'ils désirent toujours en la possédant. Lorsqu'ils descendent, ils exercent envers nous la miséricorde, puisqu'ils nous gardent dans toutes nos voies. Car ces bienheureux esprits sont les ministres de Dieu qui nous sont envoyés pour nous venir en aide (He 1,14) ; et dans cette mission ce n'est pas à Dieu qu'ils rendent service, mais à nous. Ils imitent en cela l'humilité du Fils de Dieu qui n'est point venu pour être servi, mais pour servir, et qui a vécu parmi ses disciples, comme s’il avait été leur serviteur (Mt 20,28). L'utilité que les anges retirent en suivant ces chemins, c'est leur propre bonheur et la perfection de l'obéissance dans la charité ; et celle que nous en recueillons nous-mêmes, c'est la communication qui nous est faite des grâces de Dieu et l'avantage d'être gardés par eux dans nos chemins...

 

      Dieu a donné ordre à ses anges, non pas de te retirer de tes chemins, mais de t'y garder soigneusement, et de te conduire dans les chemins de Dieu par ceux qu'ils suivent eux-mêmes. Comment cela, me diras-tu ? Les anges, bien sûr, agissent en toute pureté et par seule charité ; mais toi, du moins, contraint et averti par la nécessité de ta condition, descends, condescends à ton prochain en faisant preuve de miséricorde envers lui ; puis, toujours à l’imitation des anges, élève ton désir et, de toute l’ardeur de ton cœur, efforce-toi de monter jusqu’à l'éternelle vérité. »

Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
11ème Sermon sur le Psaume « Qui habitat » 6, 10-11 (trad. En Calcat)

 

 

« Revenez à moi de tout votre coeur » (Jl 2,12)

 

« Convertissez-vous, dit le Seigneur, de tout votre cœur. » Frères, s'il avait dit : « Convertissez-vous » sans rien ajouter, peut-être aurions-nous pu répondre : c'est fait, tu peux nous prescrire autre chose. Mais le Christ nous parle ici, si je comprends bien, d'une conversion spirituelle qui ne se fait pas en un seul jour. Puisse-t-elle même s'achever au cours de cette vie ! Fais donc attention à ce que tu aimes, à ce que tu crains, à ce qui te réjouit ou à ce qui te contriste et tu verras parfois que, sous l'habit religieux, tu restes un homme du monde. En effet, le cœur est tout entier dans ces quatre sentiments et c'est d’eux, je pense, qu'il faut entendre ces paroles : « Convertissez-vous au Seigneur de tout votre coeur. »

 

      Que ton amour se convertisse de sorte que tu n'aimes rien sinon le Seigneur ou bien que tu n'aimes rien que pour Dieu. Que ta crainte se tourne aussi vers lui car toute crainte qui nous fait redouter quelque chose en dehors de lui et non pas à cause de lui est mauvaise. Que ta joie et ta tristesse se convertissent à lui ; il en sera ainsi si tu ne souffres ou ne te réjouis qu'en lui. Si donc tu t'affliges pour tes propres péchés ou pour ceux du prochain, tu fais bien et ta tristesse est salutaire. Si tu te réjouis des dons de la grâce, cette joie est sainte et tu peux la goûter en paix dans l'Esprit Saint. Tu dois te réjouir, dans l'amour du Christ, des prospérités de tes frères et compatir à leurs malheurs selon cette parole : « Réjouissez-vous avec ceux qui sont dans la joie, pleurez avec ceux qui pleurent. » (Rm 12,15)

 

Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église

2ème Sermon pour le 1er jour du Carême, 2-3 ; PL 183, 172-174 (trad. Bouchet, Lectionnaire, p.142)

 

 

L’ignorance de ceux qui ne se convertissent pas

 

    «   L'Apôtre dit : « Quelques uns sont dans l'ignorance de Dieu » (1Co 15,34). Je dis, moi, que sont dans cette ignorance tous ceux qui ne veulent pas se convertir à Dieu. Car ils refusent cette conversion pour l'unique raison qu'ils imaginent solennel et sévère ce Dieu qui est toute douceur ; ils imaginent dur et implacable celui qui n'est que miséricorde ; ils pensent violent et terrible celui qui est adorable. Ainsi l'impie se ment à lui-même en se fabriquant une idole au lieu de connaître Dieu tel qu'il est.

 

     Que craignent ces gens de peu de foi ? Que Dieu ne veuille pas pardonner leurs péchés ? Mais il les a, de ses propres mains, cloués à la croix. Que craignent-ils donc encore ? D'être eux-mêmes faibles et vulnérables ? Mais il connaît bien l'argile dont il nous a faits. De quoi ont-ils donc peur ? D'être trop accoutumés au mal pour délier les chaînes de l'habitude ? Mais le Seigneur a libéré ceux qui étaient dans les fers. Craignent-ils donc que Dieu, irrité par l'immensité de leurs fautes, hésite à leur tendre une main secourable ? Mais là où abonde le péché, la grâce surabonde (Rm 5,20). Ou encore, l’inquiétude pour leurs vêtements, la nourriture ou les autres besoins de leur vie, les empêche-t-elle de quitter leurs biens ? Mais Dieu sait que nous avons besoin de tout cela (Mt 6,32). Que veulent-ils de plus? Qu'est-ce qui fait obstacle à leur salut ? C'est qu'ils ignorent Dieu, qu'ils ne croient pas à ses paroles. Qu'ils se fient donc à l'expérience d'autrui. »

Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
Sermon 38 sur le Cantique (trad. alt. Tournay)

 

 

 

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