Jean-Paul II : Encyclique « Sollicitudo Rei Socialis » (1987) sur  la question sociale et le développement.

 

 

 

 

« Les citoyens des pays riches, chacun à titre personnel, surtout s'ils sont chrétiens, ont l'obligation morale - à leur niveau respectif de responsabilité - de tenir compte, dans leurs décisions personnelles (…), de ce rapport d'universalité, de cette interdépendance existant entre leur comportement et la misère et le sous-développement de tant de millions d'hommes. Avec une grande précision, l'encyclique de Paul VI traduit l'obligation morale en «devoir de solidarité», et cette affirmation, bien que beaucoup de situations dans le monde aient changé, a aujourd'hui la même force et la même valeur que quand elle a été écrite.»

 

Encyclique “Sollicitudo Rei Socialis” , Jean-Paul , 1987, n 9

 

 

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Présentation

 

Ecrite à l’occasion de l’anniversaire de l’encyclique « Populorum Progressio » de Paul VI (1967) sur le progrès des peuples. Les papes marquent des textes importants de leurs prédécesseurs en publiant un nouveau texte à l’occasion de leur date anniversaire.

 

Cette encyclique traite du sens développement humain, des causes profondes du problème du sous-développement. Ce texte contient plusieurs appels forts à l’adresse des citoyens et chrétiens des pays développés.

 

Une encyclique tout à fait adaptée pour une première lecture d’un texte de ce type.

 

A noter que Jean-Paul II a écrit la même année l’encyclique sur la Vierge Marie, « Redemptoris Mater », ce qui est une manière éloquente d’exprimer, en ce qui le concerne, l’absence de déconnexion entre les sujets « spirituels » et les sujets « socio-économiques ». Le chrétien du XXIème siècle se doit d’être « bon » sur tous ces sujets.

 

 

Quelques enseignements de « Sollicitudo Rei Socialis »

 

·         L’Etat du monde : un fossé qui s’élargit !

·         Un appel à la responsabilité de chacun

·         Au sujet du commerce des armes…

·         L’inégalité de répartition des richesses : l’une des plus grandes injustices !

·         Un appel au changement d’attitude !

·         La solidarité : vertu chrétienne !

·         L’option préférentielle pour les pauvres : un devoir à l’échelle mondiale !

·         Un ultime appel !

 

 

PLAN

 

·         INTRODUCTION

 

·         NOUVEAUTE DE L'ENCYCLIQUE POPULORUM PROGRESSIO

 

·         PANORAMA DU MONDE CONTEMPORAIN

 

·         LE DEVELOPPEMENT HUMAIN AUTHENTIQUE

 

·         UNE LECTURE THEOLOGIQUE DES PROBLEMES MODERNES

 

·         QUELQUES ORIENTATIONS PARTICULIERES

 

·         CONCLUSION

 

 

Quelques extraits de « Sollicitudo Rei Socialis »

 

L’Etat du monde : un fossé qui s’élargit !

 

« Sans entrer dans l'analyse des chiffres ou des statistiques, il suffit de regarder la réalité d'une multitude incalculable d'hommes et de femmes, d'enfants, d'adultes et de vieillards, en un mot de personnes humaines concrètes et uniques, qui souffrent sous le poids intolérable de la misère. Ils sont des millions à être privés d'espoir du fait que, dans de nombreuses parties de la terre, leur situation s'est sensiblement aggravée. Face à ces drames d'indigence totale et de nécessité que connaissent tant de nos frères et sœurs, c'est le même Seigneur Jésus qui vient nous interpeller (cf. Mt 25, 31-46). La première constatation négative à faire est la persistance, voire souvent l'élargissement, du fossé entre les régions dites du Nord développé et celles du Sud en voie de développement. (…) A l'abondance des biens et des services disponibles dans certaines parties du monde, notamment dans les régions développées du Nord, correspond un retard inadmissible dans le Sud, et c'est précisément dans cette zone géopolitique que vit la plus grande partie du genre humain. » SRS 13-14

 

Un appel à la responsabilité de chacun

 

« Les responsables des affaires publiques, les citoyens des pays riches, chacun à titre personnel, surtout s'ils sont chrétiens, ont l'obligation morale - à leur niveau respectif de responsabilité - de tenir compte, dans leurs décisions personnelles et gouvernementales, de ce rapport d'universalité, de cette interdépendance existant entre leur comportement et la misère et le sous-développement de tant de millions d'hommes. Avec une grande précision, l'encyclique de Paul VI traduit l'obligation morale en «devoir de solidarité», et cette affirmation, bien que beaucoup de situations dans le monde aient changé, a aujourd'hui la même force et la même valeur que quand elle a été écrite. » SRS 8

 

Au sujet du commerce des armes

 

« Si la production des armes est un grave désordre qui règne dans le monde actuel face aux vrais besoins des hommes et à l'emploi des moyens aptes à les satisfaire, il n'en est pas autrement pour le commerce de ces armes. Et il faut ajouter qu'à propos de ce dernier le jugement moral est encore plus sévère. Il s'agit, on le sait, d'un commerce sans frontière, (…) Il sait dépasser la séparation entre l'Orient et l'Occident, et surtout celle qui oppose le Nord et le Sud, (…)  Ainsi, nous nous trouvons devant un phénomène étrange: tandis que les aides économiques et les plans de développement se heurtent à l'obstacle de barrières idéologiques insurmontables et de barrières de tarifs et de marché, les armes de quelque provenance que ce soit circulent avec une liberté quasi absolue dans les différentes parties du monde. Et personne n'ignore (…) qu'en certains cas les capitaux prêtés par le monde développé ont servi à l'achat d'armements dans le monde non développé. » SRS 24

 

L’inégalité de répartition des richesses : l’une des plus grandes injustices !

 

« «Avoir» des objets et des biens ne perfectionne pas, en soi, le sujet humain si cela ne contribue pas à la maturation et à l'enrichissement de son «être», c'est-à-dire à la réalisation de la vocation humaine en tant que telle. (…) L'une des plus grandes injustices du monde contemporain consiste précisément dans le fait qu'il y a relativement peu de personnes qui possèdent beaucoup, tandis que beaucoup ne possèdent presque rien. C'est l'injustice de la mauvaise répartition des biens et des services originairement destinés à tous. Voici alors le tableau: il y a ceux - le petit nombre possédant beaucoup - qui n'arrivent pas vraiment à «être» parce que, par suite d'un renversement de la hiérarchie des valeurs, ils en sont empêchés par le culte de l'«avoir», et il y a ceux - le plus grand nombre, possédant peu ou rien - qui n'arrivent pas à réaliser leur vocation humaine fondamentale parce qu'ils sont privés des biens élémentaires.Le mal ne consiste pas dans l'«avoir» en tant que tel mais dans le fait de posséder d'une façon qui ne respecte pas la qualité ni l'ordre des valeurs des biens que l'on a, qualité et ordre des valeurs qui découlent de la subordination des biens et de leur mise à la disposition de l'«être» de l'homme et de sa vraie vocation. » SRS 28

 

Un appel au changement d’attitude !

 

« Pour les chrétiens, comme pour tous ceux qui reconnaissent le sens théologique précis du mot «péché», le changement de conduite, de mentalité ou de manière d'être s'appelle «conversion» (…)Quand l'interdépendance est ainsi reconnue, la réponse correspondante, comme attitude morale et sociale et comme «vertu», est la solidarité. Celle-ci n'est donc pas un sentiment de compassion vague ou d'attendrissement superficiel pour les maux subis par tant de personnes proches ou lontaines. Au contraire, c'est la détermination ferme et persévérante de travailler pour le bien commun, c'est-à-dire pour le bien de tous et de chacun parce que tous nous sommes vraiment responsables de tous. (…)Les attitudes et les «structures de péché» ne peuvent être vaincues - bien entendu avec l'aide de la grâce divine - que par une attitude diamétralement opposée [à l’égoïsme, à la recherche du profit] : se dépenser pour le bien du prochain en étant prêt, au sens évangélique du terme, à «se perdre» pour l'autre au lieu de l'exploiter, et à «le servir» au lieu de l'opprimer à son propre profit (cf. Mt 10, 40-42; 20, 25; Mc 10, 42-45; Lc 22, 25-27). » SRS 38

 

La solidarité : vertu chrétienne !

 

« La solidarité est sans aucun doute une vertu chrétienne. ( …) Alors le prochain n'est pas seulement un être humain avec ses droits et son égalité fondamentale à l'égard de tous, mais il devient l'image vivante de Dieu le Père, rachetée par le sang du Christ et objet de l'action constante de l'Esprit Saint. Il doit donc être aimé, même s'il est un ennemi, de l'amour dont l'aime le Seigneur, et l'on doit être prêt au sacrifice pour lui, même au sacrifice suprême: «Donner sa vie pour ses frères» (cf. 1 Jn 3, 16). Alors la conscience de la paternité commune de Dieu, de la fraternité de tous les hommes dans le Christ, «fils dans le Fils», de la présence et de l'action vivifiante de l'Esprit Saint, donnera à notre regard sur le monde comme un nouveau critère d'interprétation. Au-delà des liens humains et naturels, déjà si forts et si étroits, se profile à la lumière de la foi un nouveau modèle d'unité du genre humain dont doit s'inspirer en dernier ressort la solidarité. Ce modèle d'unité suprême, reflet de la vie intime de Dieu un en trois personnes, est ce que nous chrétiens désignons par le mot «communion». » SRS 40

 

L’option préférentielle pour les pauvres : un devoir à l’échelle mondiale !

 

« L'option ou l'amour préférentiel pour les pauvres. C'est là une option, ou une forme spéciale de priorité dans la pratique de la charité chrétienne dont témoigne toute la tradition de l'Eglise. Elle concerne la vie de chaque chrétien, en tant qu'il imite la vie du Christ, mais elle s'applique également à nos responsabilités sociales et donc à notre façon de vivre, aux décisions que nous avons à prendre de manière cohérente au sujet de la propriété et de l'usage des biens. Aujourd'hui, étant donné la dimension mondiale qu'a prise la question sociale, cet amour préférentiel, de même que les décisions qu'il nous inspire, ne peut pas ne pas embrasser les multitudes immenses des affamés, des mendiants, des sans-abri, des personnes sans assistance médicale et, par-dessus tout, sans espérance d'un avenir meilleur: on ne peut pas ne pas prendre acte de l'existence de ces réalités. Les ignorer reviendrait à s'identifier au «riche bon vivant» qui feignait de ne pas connaître Lazare le mendiant qui gisait près de son portail (cf. Lc 16, 1931)77. Notre vie quotidienne doit tenir compte de ces réalités, » SRS 42

 

Un ultime appel !

 

« C'est pourquoi, à l'exemple du Pape Paul VI dans l'encyclique Populorum progressio, je voudrais m'adresser avec simplicité et humilité à tous, hommes et femmes sans exception, afin que, convaincus de la gravité de l'heure présente et conscients de leur responsabilité personnelle, ils mettent en œuvre - par leur mode de vie personnelle et familiale, par leur usage des biens, par leur participation de citoyens, par leur contribution aux décisions économiques et politiques ainsi que par leur propre engagement sur les plans national et international - les mesures inspirées par la solidarité et l'amour préférentiel des pauvres qu'exigent les circonstances et que requiert surtout la dignité de la personne humaine, image indestructible de Dieu créateur, image identique en chacun de nous. Dans cet effort, les fils de l'Eglise doivent être des exemples et des guides. » SRS 47

 

 

 

Pour aller plus loin…

 

Voir notamment :

 

·         Le site du Vatican qui propose le texte avec un moteur de recherche par mots-clés

 

·         Sur le même sujet, on peut signaler l’encyclique « Populorum Progressio » (le progrès des peuples) de Paul VI en 1967, l’encyclique « Centessimus Annus » (Centième année) de Jean-Paul II de 1991, à l’occasion des 100 ans de l’encyclique « Rerum Novarum » de Léon XIII.

 

 

 

 

 

 

 

Service Diocésain de Formation Permanente de Gap.

Par X.H. © Novembre 2005